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Pline l'Ancien, Plutarque et moi

  • 25 mars
  • 5 min de lecture



Bonjour les Épicuriennes du bien-être !


Avouons-le d'emblée : je suis une lectrice compulsive. Pas le genre à feuilleter distraitement une quatrième de couverture. Non. Du genre à entrer dans une librairie « juste pour jeter un coup d'œil » et en ressortir deux heures plus tard, les bras chargés et le sourire aux lèvres. Mon entourage a depuis longtemps renoncé à m'y accompagner. Je ne peux pas leur en vouloir.


C'est ainsi que lors de ma dernière visite dans ma librairie favorite à Bordeaux (M... pour ne pas la citer), je me suis perdue dans le rayon philosophie antique. Deux ouvrages m'ont fait des appels du pied : La Vertu des Plantes de Pline l'Ancien et Comment rester en bonne santé de Plutarque, deux auteurs du 1er siècle après J.-C.


Vous savez quoi ? En les lisant, j'ai ressenti cette impression étrange et délicieuse de lire… de la naturopathie.


Pline l'Ancien : le premier phytothérapeute ?

Pline l'Ancien, naturaliste et encyclopédiste romain, a consacré une large partie de son monumental Histoire Naturelle aux plantes et à leurs vertus thérapeutiques.


Observateur infatigable et compilateur méthodique, il interrogeait sans relâche le vivant. Avec une rare humilité pour l'époque, il reconnaissait volontiers ses limites : "combien grande est notre méconnaissance des choses qui nous font vivre".


Voilà un homme avec qui j'aurais aimé partager une tisane.


Cela dit, soyons honnêtes : Pline mêle sans complexe savoir empirique et superstitions. Il recommande des rituels douteux, des cueillettes à la pleine lune avec la main gauche, ou des applications de plantes accompagnées d'incantations. Cela prête à sourire. C’était le premier siècle, après tout !


Mais derrière ces croyances magiques affleure une observation du vivant qui force le respect. Certaines de ses intuitions ont fini par traverser deux mille ans sans perdre leur pertinence.


À ce titre, on peut se demander si Pline n’est pas, sinon le premier phytothérapeute, du moins l’un des tout premiers à avoir tenté de comprendre les vertus des plantes.


Ce que la science confirme (ou nuance) chez Pline

Persil frais en pot — plante médicinale utilisée depuis l'Antiquité pour ses vertus digestives et diurétiques
Le persil, ce mal-aimé des garnitures mérite enfin sa standing ovation.

L'ail contre les infections ? Son intuition était bonne. La science a depuis confirmé les propriétés antimicrobiennes de l'allicine, son composé actif. Une molécule souffrée qui fait fuir les bactéries aussi sûrement que les vampires.


Le thym pour dégager les voies respiratoires ? Validé également. Son thymol et ses flavonoïdes sont aujourd'hui reconnus pour leurs propriétés antiseptiques, expectorantes et antispasmodiques


Le persil pour soutenir les reins et la digestion ? Ses vertus diurétiques et digestives, que Pline vantait déjà, sont confirmées par la phytothérapie.


Quant à la valériane pour apaiser les esprits agités, elle figure toujours dans les recommandations de l’Agence européenne des médicaments pour les troubles légers du sommeil.


Pas mal pour un auteur né en l'an 23 !


La mort de Pline, tragique et révélatrice

Pline l'Ancien meurt en 79 après J.-C. lors de l'éruption du Vésuve, qu’il avait approché pour observer et documenter. Parti jusqu’à Stabies, il est surpris par les retombées volcaniques. Les récits antiques (notamment celui de son neveu, Pline le Jeune) racontent qu’il succombe à un effondrement respiratoire, sans doute provoqué par les fumées toxiques. On dit qu’il avait demandé qu’on l’aide à se relever pour continuer. Curieux jusqu’au bout, mort en naturaliste passionné. Un tempérament que je respecte profondément.

Plutarque, le coach bien-être de l'Antiquité

Philosophe et moraliste grec du 1er siècle, Plutarque s’est intéressé, lui, à la santé dans son traité De la santé. Il y développe une médecine préventive fondée sur l'hygiène de vie, la mesure et l’attention aux signaux du corps. De quoi avoir le vertige !


Il insiste sur quelque chose que j'observe dans ma pratique : ce ne sont pas les grandes catastrophes qui minent la santé, mais les petites négligences répétées, ces détails anodins qui accumulés finissent par nous nuire.


Ces détails, on les connait bien : le repas avalé debout entre deux réunions, la nuit sacrifiée sur l'autel des écrans, le corps jamais vraiment écouté.


Plutarque avait déjà cerné le problème avec une précision chirurgicale, deux mille ans avant les burn-out et les consultations de naturopathie.


Il défendait aussi une idée audacieuse pour son époque, celle d'une santé qui doit être l’affaire de chacun.


"La philosophie, disait‑il, a pour rôle déduquer, de rendre chaque individu acteur de son équilibre, capable de comprendre ses propres besoins et de cultiver la mesure. "

Une vision qui résonne profondément avec mon approche de la naturopathie, centrée sur l’autonomie et la prévention.


🥗 Plutarque, non à la viande !

Plutarque était tellement convaincu de l'impact de l'alimentation sur le corps et l'esprit qu'il a consacré deux discours entiers à défendre le régime végétarien : De l'usage des viandes. Il y interroge non seulement la violence faite sur les animaux, mais aussi l'effet de notre assiette sur notre clarté mentale et notre équilibre intérieur. Pour lui, une alimentation simple et végétale favorise la douceur, la mesure et la lucidité. Une forme de psycho-nutrition avant l’heure.


La naturopathie a des racines profondes… très profondes

Soyons clairs : la naturopathie en tant que discipline structurée est récente. Le mot lui-même apparaît en 1895 sous la plume de John Scheel. Quant à Benedict Lust, il en pose les bases formelles au début du XXe siècle. Ce n'est donc pas une sagesse millénaire au sens strict.


Mais sa philosophie fondatrice, elle, plonge ses racines bien plus loin. L’idée de vis medicatrix naturae, cette force vitale du corps capable de retrouver l’équilibre si on lui en donne les moyens, remonte à Hippocrate, au Ve siècle avant notre ère.


L'observation empirique des plantes, le respect des rythmes naturels, l'alimentation comme premier soin, l'hygiène de vie comme socle de la santé… tout cela, Pline et Plutarque en faisaient déjà des piliers de leur vision du vivant.


C’est ce pont qui me touche dans la naturopathie, ce dialogue entre la sagesse empirique des Anciens et les connaissances scientifiques contemporaines. Une continuité discrète, mais bien réelle, entre deux millénaires d’observation du corps humain.


Aujourd'hui, on redécouvre ce que les Anciens savaient. Et moi, j'ai deux livres de plus dans ma bibliothèque déjà bien remplie.


Je ne regrette rien. 📚


🎯 Pour l'épicurienne pressée

Pline l'Ancien : empirique, parfois superstitieux, souvent juste. L'ail, le thym, la valériane… la science lui a donné raison plus d’une fois.


Plutarque : modération, alimentation, mode de vie. Une hygiène de vie globale qui ressemble fort à de la naturopathie… version an 100.


Le mantra du jour : notre corps n'a pas changé. Il demande toujours la même chose : être écouté, nourri avec soin, et ménagé avec intelligence.

Et vous, mes chères Épicuriennes, est‑ce qu’un livre vous a déjà surpris par sa modernité ? Un auteur inattendu qui, sans le savoir, vous a parlé de bien‑être ou d’équilibre de vie ? Racontez‑le en commentaire, j'adore les belles découvertes partagées ! 

Votre complice du bien-être pétillant ✨

22 commentaires


Sandra
02 avr.

Moi, c’est Changer l’eau des fleurs de Valérie Perrin qui m’a cueillie. Je l’avais commencé en me disant que ce serait une jolie histoire pour souffler entre deux semaines trop chargées… et je me suis retrouvée à réfléchir à ma façon de courir partout sans jamais m’arrêter. Violette, avec sa douceur têtue et son sens du détail, m’a rappelé qu’on peut traverser des épreuves et quand même garder un coin de lumière pour soi. À 45 ans, ça résonne différemment : on comprend que l’équilibre, ce n’est pas un grand concept, juste une série de petits choix qu’on remet trop souvent à plus tard.

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Natacha Duhaut
Natacha Duhaut
il y a 2 jours
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Ce que tu décris (commencer un livre pour souffler et se retrouver face à soi-même) c'est souvent comme ça que les meilleurs livres fonctionnent. On y entre par une petite porte et on ressort par une belle entrée ensoleillée.

Cette phrase aussi sur l'équilibre comme une série de petits choix qu'on remet à plus tard… elle dit tout. Le corps, lui, il tient le compte de tous ces reports. Patiemment. Jusqu'au jour où il hausse le ton.

Merci pour ce partage, il résonne. 🌸

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Micheline
02 avr.

C’est La Tresse de Laetitia Colombani qui m’a surprise. Je l’avais commencé en me disant que ce serait une lecture “pour se changer les idées”… et je me suis retrouvée embarquée dans un récit qui parle de courage, de dignité et d’équilibre de vie avec une modernité incroyable. À mon âge, je pensais avoir fait le tour des leçons de sagesse, mais ce roman m’a rappelé qu’on peut encore apprendre à se recentrer, à respirer, et à remettre un peu de douceur dans son quotidien.

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Natacha Duhaut
Natacha Duhaut
il y a 2 jours
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« Pour se changer les idées »… et on repart au final avec une leçon de vie dans les bras. Les livres ont ce culot délicieux : ils viennent toucher là où l’on ne s’y attend pas.

La Tresse fait exactement ça. Il se présente comme une lecture légère, puis il entrouvre une porte vers quelque chose de plus essentiel. Une simplicité qui apaise, qui recentre, sans jamais moraliser.

Ce que tu dis sur l’idée d’apprendre encore à se recentrer, quel que soit l’âge, résonne comme un rappel du corps et du cœur. C’est peut‑être là que se trouve la vraie modernité du livre : cette invitation à ramener de la douceur, de la respiration et une juste mesure dans son quotidien……

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Nora
02 avr.

Moi, c’est une BD qui m’a prise par surprise : Les Culottées de Pénélope Bagieu. Je l’avais ouverte pour le dessin mignon… et j’ai fini par recevoir une petite claque féministe entre deux cases. Je ne pensais pas qu’une BD allait me parler d’équilibre de vie en me montrant des femmes qui ont tout envoyé valser avant moi. Et franchement, ça motive !.

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Natacha Duhaut
Natacha Duhaut
il y a 2 jours
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Tu ouvres la BD pour le plaisir des illustrations… et tu te retrouves à absorber une belle dose d'audace sans même t'en rendre compte. Pénélope Bagieu réussit à glisser, entre deux cases, des trajectoires de femmes qui ont osé bousculer leur vie bien avant nous, et ça réveille quelque chose.

C'est exactement le genre de lecture qui remet l'énergie en mouvement : ça motive, ça rappelle qu'on peut, nous aussi, envoyer valser ce qui ne nous ressemble plus. Une vraie petite cure de liberté en BD. 🌿✨

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Mélanie
02 avr.

Moi, Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une m’a eue en plein vol. Je pensais lire une petite fiction sympa… et j’ai fini par me reconnaître dans trois chapitres d’affilée. Le livre m’a glissé deux‑trois vérités sur ma charge mentale alors que je voulais juste me détendre. J'ai refermé le bouquin en me promettant d’arrêter de courir partout pour rien.

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Natacha Duhaut
Natacha Duhaut
il y a 2 jours
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Ah, Raphaëlle Giordano… elle a ce don de tendre un miroir déguisé en roman. On pense ouvrir une petite fiction légère, et le texte se faufile sous la peau sans prévenir, mettant des mots précis sur ce qu’on porte depuis trop longtemps.

Ce que tu dis sur la charge mentale est si vrai : on avance en pilote automatique, persuadée que “c’est normal”, jusqu’à ce qu’un livre vienne doucement tirer le fil et rappeler qu’on a le droit (et le besoin) de ralentir.

Refermer le livre en se promettant d’arrêter de courir partout, c’est déjà un vrai mouvement intérieur. Une sorte de réalignement discret mais profond. Parfois, il suffit d’une histoire pour remettre un peu d’air, un peu de place…

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Sylvie
02 avr.

Le jour où les lions mangeront de la salade verte qui m’a prise en traître. Je pensais lire une petite comédie feel‑good… et je me suis retrouvée à rire, puis à réfléchir à ma tendance à vouloir tout contrôler (même les trucs impossibles, genre la météo et les gens). Le pire, c’est que le livre m’a donné une mini‑leçon de lâcher‑prise alors que je voulais juste passer une soirée tranquille. J’ai refermé le roman en me disant que je devrais peut‑être arrêter de stresser pour des détails et respirer un peu plus souvent. Merci pour tes articles, j'adore ;-)

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Natacha Duhaut
Natacha Duhaut
il y a 2 jours
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Ah, celui‑là aussi sait se faire passer pour une petite comédie inoffensive… avant de venir appuyer exactement là où ça coince. Le jour où les lions mangeront de la salade verte a ce talent de te faire rire tout en glissant, mine de rien, une vraie leçon de lâcher‑prise entre deux éclats.

Vouloir tenir les rênes de tout, c’est si familier et si éreintant. Puis un roman arrive, léger comme une plume, et hop : il tire le fil avec le sourire.

Refermer le livre en se disant qu'on pourrait arrêter de stresser pour des détails… c'est déjà quelque chose de précieux qui se passe. Un peu plus d'air, un peu moins de tension, un espace qui se rouvre. Merci pour…

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